Zoom sur

Bulletin 58 -

Zoom sur les probiotiques

Chez les patients atteints de myélome multiple, les probiotiques suscitent beaucoup d’intérêt, notamment en raison des traitements lourds (chimiothérapie, antibiotiques, greffe de moelle) qui perturbent souvent la flore intestinale. Le point avec le Pr Mohamad Mohty, hématologue à l’hôpital Saint-Antoine, Paris.

Qu’est-ce qu’un probiotique ?


Les probiotiques sont des micro-organismes vivants (souvent des bactéries “utiles”) destinés à aider à rééquilibrer le microbiote intestinal. Ils peuvent parfois être utiles pour diminuer certains troubles digestifs liés aux traitements : diarrhées, ballonnements, inconfort intestinal ou diarrhées après antibiotiques. Certaines souches comme les Lactobacillus ou les Bifidobacterium sont les plus étudiées. Toutefois, il n’existe pas aujourd’hui de probiotique “spécifique du myélome”, ni de recommandation standard pour tous les patients. Leur utilisation doit donc toujours être discutée avec l’équipe soignante.

 

Leur efficacité est-elle prouvée ?

Concernant leur efficacité, les données scientifiques restent encore limitées dans le myélome multiple. Quelques études suggèrent un possible bénéfice sur la tolérance digestive des traitements ou sur l’équilibre du microbiote, mais les preuves restent insuffisantes pour affirmer qu’ils améliorent la survie, contrôlent la maladie ou renforcent clairement l’immunité.

Il faut également être prudent : chez certains patients très immunodéprimés (après greffe, aplasie profonde, infections sévères, anticorps bispécifiques, etc.), certains probiotiques peuvent favoriser des infections. C’est rare, mais cela explique pourquoi l’automédication n’est pas conseillée.

 

Quelle différence avec les compléments alimentaires ?


Les probiotiques se distinguent des compléments alimentaires car ils renferment des micro-organismes vivants. Les compléments alimentaires englobent une gamme bien plus vaste de produits : vitamines, minéraux, plantes, oméga-3, protéines, etc. Beaucoup de compléments sont présentés comme “boostant l’immunité”, mais il faut rester prudent : peu ont démontré un réel bénéfice scientifique chez les patients atteints de myélome. Certains peuvent même interagir avec les traitements anticancéreux. Là encore, il est important d’en parler avec son hématologue avant d’en prendre.

 

Quel pourrait être l’intérêt d’une greffe fécale pour prévenir les complications de la greffe de moelle osseuse ?

La greffe fécale (transfert de microbiote fécal) est une approche innovante qui consiste à transférer les bonnes bactéries intestinales d’un donneur sain vers un patient. Dans le cadre de la greffe de moelle osseuse, elle est actuellement étudiée pour tenter de restaurer un microbiote “protecteur” après les antibiotiques et les traitements intensifs. Les chercheurs espèrent ainsi diminuer certaines complications graves comme les infections, les diarrhées sévères ou la réaction du greffon contre l’hôte (GVH). Les résultats préliminaires sont encourageants, mais cette approche reste encore principalement du domaine de la recherche clinique et n’est pas un traitement standard à ce jour.