Congrès

Bulletin 56 -

46ème Congrès de la SFH : Myélome multiple en 2026 : enjeux et perspectives thérapeutiques

Le paysage du Myélome Multiple a connu une évolution sans précédent, marquée par l'émergence de nouvelles classes thérapeutiques et une compréhension plus fine de la biologie de la maladie.

Évolution pronostique du myélome multiple

La survie globale, historiquement inférieure à moins de 5 ans, atteint désormais 8 à 10 ans et se projette à 10-15 ans dans les essais récents, au point que l’International Myeloma Society travaille à une définition formelle du concept de guérison fonctionnelle.

1re ligne - Patients éligibles à l'intensification thérapeutique (< 65-70 ans)

Grâce à leur supériorité en survie sans progression, les quadruplettes associant un anticorps monoclonal anti-CD38 (DARZALEX / SARCLISA), le bortézomib (VELCADE), le lénalidomide (REVLIMID) et la dexaméthasone constituent désormais le standard thérapeutique en induction.

L’intensification suivie d’une autogreffe reste un standard. La consolidation tend à disparaître au profit d'une induction prolongée à 6 cycles et d'une maintenance par lénalidomide et anti-CD38.


Patients non éligibles à l'intensification (> 65-70 ans)

Chez les patients avec état général conservé, la quadruplette proposée aux patients éligibles est devenue également le standard. Pour les plus âgés ou fragiles, le traitement proposé repose sur la triplette daratumumab (DARZALEX) + lénalidomide + dexaméthasone ou la doublette daratumumab + lénalidomide, avec la possibilité de réduire la dexaméthasone, offrant ainsi une meilleure tolérance et une réponse durable.


Place de l'immunothérapie dans le traitement des rechutes

L'arrivée d’une nouvelle génération d’immunothérapies ciblant l’antigène BCMA constitue un tournant majeur du paysage thérapeutique de ces dernières années. Les anticorps bispécifiques (téclistamab – TECVAYLIS et elranatamab - ELREXFIO) permettent désormais d'obtenir des résultats jusque-là inégalés chez des patients lourdement prétraités, avec des taux de réponse de 60 à 70 % et des survies sans progression médianes significatives. Le CAR-T Cells, idécabtagène vicleucel (ABECMA), offre également des réponses profondes et durables tout en ne nécessitant qu’une seule administration, illustrant pleinement l’ampleur de la révolution thérapeutique.

 

Évolution de l’évaluation de la réponse dans le myélome multiple

L'évaluation de la réponse a progressivement évolué, passant des critères biochimiques classiques à la mesure de la maladie résiduelle (MRD), analysée principalement dans la moelle par séquençage ou cytométrie en flux. Son importance pronostique est reconnue et elle constitue désormais le critère de jugement principal de nombreux essais cliniques, permettant une approbation plus rapide des nouveaux traitements. Les développements actuels portent sur la validation de la MRD radiologique, évaluée par TEP-scan, ainsi que de la MRD sanguine par spectrométrie de masse, moins invasive que le myélogramme.

 

Perspectives

De nombreux essais en cours évaluent ces immunothérapies dans des lignes de traitement plus précoces, ainsi qu'en association avec d'autres agents, préfigurant les futurs standards. De nouvelles cibles émergent également, telles que GPRC5D et FCRH5, ciblées respectivement par les anticorps bispécifiques talquétamab (TALVEY) et cevostamab. D'autres stratégies innovantes sont à l’étude, qu’il s'agisse d’approches séquentielles ou de stratégies visant à cibler 2 antigènes, voire trois, avec l’objectif d’atteindre des taux de réponse de 90 à 100 %, ce qui illustre le potentiel considérable de ces approches de nouvelle génération.

Des alternatives non immunologiques sont également explorées, telles que les nouveaux IMiD appelés Cellmod, les inhibiteurs de BCL-2 (vénétoclax), ainsi que les inhibiteurs de l'exportine 1 (sélinexor)

En conclusion, les avancées récentes dans la prise en charge du myélome multiple dessinent un avenir où la médecine de précision occupera une place centrale. Si l'essor des immunothérapies a déjà profondément modifié le pronostic, l’intégration de ces traitements en 1re ligne, couplée à une évaluation de la MRD et à une meilleure caractérisation du risque cytogénétique, va ouvrir la voie à des stratégies personnalisées, adaptées à chaque patient, avec en perspective d’entrer dans une ère où la guérison, autrefois impensable, devient un objectif envisageable.